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La culture de l’innovation outre-Rhin par Solenne Barat-Clerc et Etienne Lissillour

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PUBLIÉ LE
20/06/2016
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Solenne Barat-Clerc et Etienne Lissillour, tous deux représentants de l’Assistance Publique -Hôpitaux de Paris (AP-HP) au sein de la Mission 2016 de la Fondation, nous décrivent la perception du groupe de recherche concernant la culture de l’innovation outre-Rhin.

Nous étions prévenus ! Le premier déplacement à l’étranger d’une mission FNEP constitue toujours un moment fort, qui voit la cohésion du groupe se forger et la réflexion sur le thème d’étude s’approfondir.

Le déplacement à Berlin et Munich de la mission 2016 de la FNEP a parfaitement répondu aux attentes. Le groupe, déjà fortement soudé avant cette expérience, a développé une complicité qui lui permet d’engager l’énergie nécessaire à ce travail de réflexion et de production, dans lequel ses membres se sont engagés pour plusieurs mois.

Les rencontres allemandes nous ont permis d’une part, d’acquérir une plus grande connaissance de notre sujet et de ses implications concrètes et, d’autre part, de tester nos premières idées sur le développement d’une culture de l’innovation auprès d’une quarantaine d’interlocuteurs variés : institutions publiques, startupers, associations, financeurs, entreprises innovantes,… Les comptes rendus de ces entretiens figurent en annexe du présent document.

Un point qui a retenu notre attention sans pour l’instant faire l’objet d’un développement spécifique est la question de l’innovation dans l’architecture. En effet, la ville de Berlin se prête particulièrement à ce regard sur l’impact de la culture d’un pays sur la manière dont il conçoit ses bâtiments et la structuration même de sa ville. De même, nos visites témoignent d’une conception nouvelle des locaux, dont l’agencement et le mobilier dégagent autant d’énergie innovante que les professionnels qui y exercent.

  1. Eléments de contexte sur l’Allemagne

1.1. Un pays préoccupé par son évolution démographique et les effets de la numérisation de l’économie

1.1.2. Un pays préoccupé par sa démographie

  • Question du renouvellement des générations et impact sur le recours à l’immigration
  • Vieillissement rapide et effets sur l’économie
  • Pari sur la jeunesse

1.1.1. Les effets de la numérisation de l’économie

  • Retard notable, en partie lié à une aversion très importante au partage des données individuelles fruit de son histoire (exemple : pas encore d’équivalent de carte vitale)
  • Economie encore assise sur un tissu industriel familial (« Mittelstand »), aujourd’hui très puissant mais potentiellement en danger face à la numérisation de l’économie (50 % des entreprises allemandes n’ont pas de stratégie numérique).

1.2. Une économie riche, qui permet aux pouvoirs publics de dégager des marges de manœuvres importantes

1.2.1. Une économie riche

  • un excédent budgétaire de 25 Mds€ en 2015
  • un niveau de chômage très faible, particulièrement en Bavière
  • importance stratégique du maillage industriel, avec des « champions cachés » (leaders mondiaux sur leur marché) extrêmement nombreux
  • un effort en R&D au niveau national supérieur à 3 %, ie au-delà des engagements pris dans le cadre de la « stratégie de Lisbonne » au niveau européen.

1.2.2. Des pouvoirs publics mobilisées pour soutenir les industries de demain

  • Au niveau fédéral, un plan massif d’accompagnement de la numérisation de l’économie – Plan « Industrie 4.0. »
  • Au niveau des Länder, un accompagnement pour préserver la compétitivité du « Standort » local
  • Des programmes d’accompagnement de la recherche fortement dotés par les Universités (ex : onco-immunologie).

1.3. Un pays ouvert

  • Contexte de l’ouverture aux réfugiés (1,3 M de personnes en 2015) : toute une administration au service de l’organisation de l’accueil massif de migrant ;
  • Un pays qui recherche à attirer les talents (ex. Emmanuelle Charpentier en chimie)
  • Des avancées sociales qui permettent de concilier au mieux vie professionnelle et vie familiale (Nb : à relativiser : minijobs, travail des femmes, etc.)
  1. Des atouts considérables en termes de développement d’une culture de l’innovation

2.1. Innovation, éducation et formation

  • Un modèle qui transmet des valeurs à peu près semblables à celles du modèle français : faible place pour l’innovation
  • mais un modèle qui transmet des compétences différentes :
  • place de l’apprentissage « à l’allemande »,
  • pas de séparation grandes écoles vs universités, recoupant plusieurs clivages français : théorie / pratique ; élite / grand nombre

2.2. Innovations dans la santé

La santé est un secteur qui présente un fort potentiel d’innovations. En effet, comme l’ont rappelé certains interlocuteurs rencontrés, plusieurs facteurs se conjuguent pour permettre l’émergence des innovations :

  • à un niveau technologique : la diffusion à une large échelle d’outils technologiques permettant le recueil de données personnelles, la possibilité de croiser et d’échanger des données,
  • à un niveau sociologique, plusieurs tendances lourdes se dessinent :
  • la prise en mains directe par les « consommateurs » de leur santé,
  • l’accès direct beaucoup plus facile à l’information médicale pour les patients.

2.3. Innovation dans la technologie et l’industrie

  • Soutien à la recherche appliquée, au travers notamment du réseau des Fraunhofer, qui mettent en relation Universités et entreprises, pour le développement d’innovations (exemple emblématique : le mp3)
  • Développement d’une culture de recherche « sales-oriented »
  • Comme en France, des difficultés à faire émerger l’innovation dans des grands groupes (image du saumon qui doit remonter de forts courants adverses pour faire fructifier son idée)
  • Un contexte très différent : le développement de la culture de l’innovation ne peut pas être envisagé de la même manière en Allemagne et en France

2.4. Innovation dans l’entreprise et dialogue social

  • Paradoxalement, la culture allemande du dialogue social et du consensus peut être un frein puissant à l’innovation
  • Etant donné la structure et la force du Mittelstand, l’innovation est plutôt de type incrémental et assise sur une parfaite maîtrise du produit. Cette caractéristique est aujourd’hui une force, mais peut être une faiblesse
  • Rôle de l’agencement des locaux au sein d’une entreprise
  • Rôle des pouvoirs publics pour promouvoir le dialogue entre entreprises (ex. de la pépinière d’entreprises de Munich)

2.5. Innovation et politiques publiques

  • Politiques d’aides directes. (ex. plan Industrie der Zukunft / Industrie 4.0)
  • Politiques d’accompagnement des petites entreprises, en particulier à travers la politique immobilière. (ex. à Munich : Quartier Creative dédié aux artistes, pépinière d’entreprises)
  • Freins : peut-être plus qu’en France, critiques sur le mille-feuille bureaucratique, accentué par le fonctionnement fédéral allemand.
  1. Des bonnes pratiques à faire prospérer en France : faire tomber les murs et construire des ponts

3.1. Faire tomber les murs

  • Rendre obligatoire l’apprentissage de l’anglais et d’une autre langue pour permettre les échanges
  • Favoriser les évolutions spatiales
  • Accentuer l’avantage de la France en matière de traitement du big data, grâce à un encadrement réglementaire consensuel inexistant en Allemagne.

3.2. Construire des ponts

  • Consolider le lien entre recherche fondamentale et industrie, en approfondissant le modèle des Fraunhofer, qui visent à construire des ponts entre deux univers culturels différents. Le réseau des instituts Carnot français constitue une première expérience à renforcer.

Promouvoir les doubles cursus, qui permettent des enrichissements croisés.


Etienne Lissillour (AP-HP)

Solenne Barat-Clerc (AP-HP)

La Mission 2016 en Allemagne, accompagnée par Pierre Azoulay
(Secrétaire géneral de la FNEP)
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