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La culture de l’innovation au cœur du delta de la rivière des perles (Hong-Kong, Shenzhen et Canton)

PUBLIÉ LE
28/10/2016
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Dernière escale en Chine du Sud et plus précisément au cœur du delta de la rivière des perles avec étapes à Hong Kong, Shenzhen et Canton pour la moitié de la mission 2016. carte-chineAccompagnés d’ Eugénie Dufour, spécialiste des relations sino européennes et personnalité associée de la FNEP et de François Vaquier, délégué général de la FNEP, Laurent Boutin (SNCF), Etienne Lissillour (AP-HP), Paul-Antoine Nguyen (Orange), Philippe Dessertine (Atos), Aude Kempf (AP-HP) et Brahim Ballouk (Air France – KLM) sont allés à la rencontre des acteurs de l’innovation de la plus grande zone urbaine au monde. En effet, selon un rapport récent de la Banque Mondiale, le delta de la rivière des perles est devenu, devant Tokyo, la zone urbaine la plus étendue et avec la plus forte densité de population.

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Brahim Ballouk

Située au centre du Guangdong dans le Sud de la Chine, la région du delta des perles est la plus dynamique de la Chine continentale et ce depuis l’instauration en 1979 du programme de réforme de la Chine avec notamment la mise en place de zones économiques spéciales « Jingji Tequ ». Quatre zones économiques spéciales (ZES) ont ainsi été créées dans le Sud de la Chine avec des conditions  préférentielles pour les investisseurs étrangers telles que la réduction des droits de douane, une fiscalité faible, voire nulle les premières années d’investissement et une libre circulation des bénéfices. Ce statut spécial a contribué au « miracle de Shenzhen » propulsant un petit village de pêcheurs au rang de métropole innovante aux 10 millions d’habitants. La première génération des ZES ont ainsi participé à l’expansion et la domination du modèle « Made in China » soit la fabrication et l’exportation de produits de base standards  essentiellement de prêt-à-porter, à très faibles coûts grâce à de nombreuses infrastructures favorisant les économies d’échelle.

Face à la forte croissance économique et à l’augmentation des salaires, l’industrie chinoise de première génération ayant érigé le modèle du Made in China s’est déplacée vers l’intérieur du pays et dans des pays voisins tels que le Vietnam. Les ZES se sont tournées vers des industries de pointe et la fabrication de produit à forte valeur ajoutée et les produits financiers. Durant nos différents entretiens nous avons effectivement senti le nouveau positionnement « Designed in China » symbolisant le renouveau d’une industrie ayant la capacité de production de produits finis de qualité. Cette volonté est corroborée par le plan 2008-2020 de la Commission de développement et réforme nationale chinoise dont l’objectif est d’ériger le Delta de la rivière des Perles en tant que « centre de fabrication de pointe et de services modernes, et comme un centre pour les envois internationaux, la logistique, le commerce, les conférences, les expositions et le tourisme ». Ce programme ambitieux sur le plan économique et logistique avec augmentation des capacités ferroviaires, portuaires et aéroportuaires vise à faire de la Chine du Sud la nouvelle plateforme de l’innovation mondiale.

La concentration des capitaux et des industries de pointe dans le delta des perles conduit à une compétition entre les différentes métropoles du delta de la rivière des perles. Ainsi Hong Kong, ex-colonie britannique, située dans la rive orientale de la rivière des perles est le 3ème centre financier au monde derrière New York et Londres. L’économie la plus traditionnelle à Hong Kong reste l’économie de rente suite à l’enrichissement de nombreux hongkongais à la fin du XIXème siècle même si l’investissement dans les nouvelles technologies ne cesse de croître. Le gouvernement de Hong Kong a mis en place en 2000 la plateforme Invest HK afin de renforcer le statut de Hong Kong en tant que principal lieu international d’affaires en Asie avec l’ambition d’attirer et de retenir les investissements étrangers directs. Invest HK travaille avec des entrepreneurs, des PME et des multinationales qui souhaitent mettre en place un bureau – ou développer leur entreprise existante – à Hong Kong. Le programme Startmeup est à destination des start ups qui peuvent être accompagnées au niveau de leur démarche administrative (notamment l’ouverture de comptes bancaires société : exercice particulièrement contraignant et chronophage) mais aussi de la mise en relation avec des ventures capital et des business angels. Tout comme en Suisse, il existe une vraie aversion au risque à Hong Kong en dépit de la présence importante de capitaux. Cette aversion au risque est accentuée par la culture taoïste fortement imprégnée en Asie selon laquelle le respect des anciens se gagne par la réussite sociale et financière.

Les innovations les plus suivies restent celles liées aux activités financières de Hong Kong et se rapportent fortement au secteur de la fintech soit l’utilisation de la technologie pour la création de services bancaires et financiers innovants.  La plupart des innovateurs rencontrés à Hong Kong avaient d’ailleurs un background financier avant le virage vers le monde des start ups. Hong Kong cherche effectivement à former de plus en plus d’ingénieurs dans ses prestigieuses universités où l’on note des étudiants qui délaissent de plus en plus la traditionnelle filière financière. L’ouverture sur le monde est renforcée par la volonté d’attraction d’étudiant étrangers. Hong Kong dispose des capitaux et d’un réseau logistique qui place le territoire en 2015 au 5ème rang mondial pour le tonnage cargo et le trafic conteneurs. Cependant Hong Kong n’est pas en capacité de développer rapidement des innovations sur son territoire car Hong Kong ne dispose pas des infrastructures industrielles de sa concurrente Shenzhen sur l’autre extrémité du delta de la rivière des perles.

La deuxième partie de notre voyage s’est ainsi concentrée sur Shenzhen afin d’étudier la base arrière de l’innovation en Chine continentale. L’aspect accélération dans le développement des produits nous a été présenté comme un facteur de compétitivité majeur dans la course à l’innovation. A Shenzhen, aussi bien lors de nos visites dans les grands groupes que dans les start ups et accélérateurs, le maître mot est rapidité d’exécution. Un facteur clé de succès réside dans l’existence de chaînes d’innovation très rapides privilégiant le prototypage. Le processus d’innovation est simplifié en Chine et cela se trouve favorisé par un contexte industriel extrêmement favorable. En effet Shenzhen est identifiée comme « la Silicon Valley du Hardware ». Les composants électroniques sont directement accessibles aux start upers qui peuvent ainsi rapidement mais surtout à très faible coût développer des prototypes.

Nous nous sommes entretenus avec un jeune entrepreneur français basé à Shenzhen qui a insisté sur la nécessité de produire vite ce qui in fine est à la fois un levier et une contrainte. Il faut en effet produire vite tout en défendant son innovation. Nous avons noté à juste titre que la notion de propriété intellectuelle est plus souple en Chine et que le simple fait d’arriver en premier sur le marché n’est pas gage de réussite. La copie fait ainsi partie intégrante du processus d’innovation et participe à la connaissance des concurrents. L’exportation des produits est facilitée par la présence d’un axe portuaire dense et développé à l’instar de Hong Kong.

L’état chinois dissémine également une culture d’innovation et ce dès le plus jeune âge puisque des partenariats entre des start ups d’état et des écoles primaires existent. Des cours de codage, d’utilisation d’imprimante 3D sont dispensés par les ingénieurs d’état afin de développer une culture d’innovation. L’innovation est portée par l’état qui est le garant de l’excellence industrielle et académique. Les travailleurs chinois tendent ainsi vers l’excellence afin de « rendre à la société ». Cette relation à l’état est là encore fortement liée aux philosophies taoïstes et confucianistes. Shenzhen dispose d’un autre atout de premier plan : la jeunesse de sa population. Cette jeunesse permet ainsi d’attirer des jeunes du monde entier notamment des Etats-Unis, d’Allemagne et d’Australie. Ce métissage permet d’adresser le marché chinois mais aussi le marché international grâce à la présence de start upers permettant d’influencer les goûts plus occidentaux. Le processus de design s’enrichit ainsi d’influences occidentales qui participent à l’émergence du modèle « Designed in China ». L’influence de Shenzhen est telle qu’elle est devenue une référence mondiale pour les smart cities et héberge à ce titre un forum biennal. Shenzhen, équidistante de Hong Kong et Canton, capte assurément le rayonnement financier et culturel de ces deux centres majeurs. Canton se maintient dans le paysage économique notamment par les innovations dans le monde de la restauration et de l’hôtellerie.

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Foire internationale de Canton

Notre visite s’est donc achevée par Canton, troisième plus grande ville de Chine continentale derrière Shanghai et Pékin. Canton est la capitale de la riche province du Guangdong. La foire internationale de Canton est un  évènement international majeur organisé par le ministère du commerce chinois afin de promouvoir l’industrie locale auprès des investisseurs locaux et étrangers et favoriser le négoce de matières premières telles que le textile ou les composants électroniques. Riche d’une culture millénaire, Canton continue à développer des innovations dans le monde culinaire et culturel. Lors de notre visite à la librairie de concepts, nous avons ainsi pu constater comment l’innovation spatiale pouvait accompagner l’innovation dans le monde des arts et de la cuisine. La cuisine est un élément important dans la culture chinoise et l’innovation dans ce domaine est très structurante pour l’économie notamment au niveau de l’hôtellerie. Canton se démarque par la tenue depuis 2005 du salon international du vin « Interwine » qui met en relation les établissements vinicoles issus de 72 pays. La recherche de la diversité tout comme la démarcation par l’exception tant au niveau qualitatif que culturel fut un leitmotiv lors de notre visite à Canton. Le marché du luxe est ainsi un nouvel axe de développement pour l’économie cantonaise.

Les ZES ont ainsi permis l’émergence de la Chine dans un contexte globalisé. La province du Guangdong jadis atelier du monde et fer de lance du made in China s’est converti à une industrie de pointe focalisée sur les services financiers et les produits technologiques à forte valeur ajoutée. Des mastodontes mondiaux tels qu’IBM ont d’ailleurs cédé leurs activités hardware aux spécialistes mondiaux chinois à savoir Lenovo. Des géants mondiaux tels que Huawei font à présent partie des entreprises les plus innovantes grâce à une politique d’état favorable et à des infrastructures permettant la livraison de produits de qualité et ce en grande quantité après des phases de prototypages extrêmement rapides.

La Chine continentale est placée face à un nouveau défi. La croissance très forte de ces dernières années a permis l’apparition d’une nouvelle classe moyenne aux salaires et au pouvoir d’achat plus élevés. Ce surplus de pouvoir d’achat vient en retour alimenter la croissance chinoise grâce à l’explosion de la demande domestique. La contrepartie de ce modèle vertueux est une diminution de la compétitivité prix des entreprises chinoises. Dans ces conditions, les efforts des entreprises se portent de plus en plus sur la qualité, incitant à une intensification de la recherche d’innovation

Nous retenons également que la spécialisation par marché reste valable, les chinois utilisent par exemple leurs propres réseaux sociaux « WeChat » également utilisés pour réaliser des paiements ou communiquer aussi bien dans un contexte personnel que professionnel. Hong Kong résiste face à l’essor de Shenzhen et Canton en développant une culture du financement et en attirant les capitaux étrangers afin de diminuer la part de l’économie de rente dans l’économie de la province.

Ce dernier voyage en Asie a tenu toutes ses promesses et nous a permis de décrypter le miracle de l’économie de la Chine du Sud. La culture confucianiste et taoïste ont influencé le rapport des chinois à l’innovation qui voit en la réussite dans le domaine de l’innovation, un moyen privilégié d’implication dans l’essor de la société et de la famille. L’environnement portuaire est un atout majeur dans le développement de la zone du delta de la rivière des perles tout autant que la présence d’infrastructures permettant le prototypage et l’agilité dans le développement et l’innovation. Le chapitre des voyages s’est clôturé sur une note positive nous ayant permis de dépasser nos biais culturels afin de formuler des propositions en phase avec le contexte d’innovation globalisé.

Brahim Ballouk, co-organisateur de la mission en Chine, Responsable AMO Transformation de la Fonction Finance chez Air France-KLM.

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