Emmanuel Roux, le commissaire humaniste

Photo_Emmanuel_ROUX_site FNEPEmmanuel Roux, lauréat FNEP 1992, Commissaire divisionnaire, est aujourd’hui Secrétaire général adjoint du Syndicat des Commissaires de la Police Nationale.

Parmi les professions où l’émotion  – la sienne et celle des autres – joue un grand rôle, il faut certainement compter le métier qui est le sien.

D’où notre grand intérêt à échanger avec lui autour du thème de la mission 2011 sur l’importance du facteur humain.
Q1 : Quelle est exactement la mission d’un commissaire de police ?

ER : Les 1700 commissaires de police appartiennent au corps de « conception et de direction » de la police nationale. A ce titre, ils sont placés à la tête des services de sécurité publique, de police judiciaire ou encore de la police de l’air et des frontières.

Nous sommes recrutés pour moitié à l’issue d’un concours externe de niveau Master 2, pour moitié au sein des personnels des services de police par des voies de recrutement internes. Être chef de service dans la police nationale, c’est souvent diriger des effectifs nombreux, et comporte donc un volet social primordial. Le travail de police est générateur de beaucoup de stress, du haut en bas de l’échelle hiérarchique.

Un bon chef va être à l’écoute de ses effectifs, cherchant à les motiver, mais aussi à les protéger contre toutes les agressions qu’ils subissent et qui peuvent affaiblir leurs défenses personnelles. L’esprit collectif préserve naturellement les policiers, mais la hiérarchie doit rester très présente, très vigilante, à leurs côtés.

ImageBioERoux

Q2 : Comment les commissaires de police préservent-ils et développent-ils leurs ressources émotionnelles ?

ER : Les commissaires de police sont à la croisée de lignes de tension très fortes. Les personnels en charge du soutien médico-psychologique ont coutume de dire qu’ils connaissent bien les commissaires de police, mais que ces derniers n’abordent jamais leur cas personnel ! En effet, les chefs de service hésitent encore souvent à faire appel à des services de soutien, médicaux ou de psychologues spécialisés.

Les commissaires de police sont quasiment en permanence en situation de stress, puisqu’ils ne connaissent que des problèmes qui n’ont pas été résolus par la hiérarchie intermédiaire. D’autre part, policiers à part entière, nous sommes souvent confrontés au danger, que ce soit en ordre public (manifestations, violences urbaines) ou dans le domaine judiciaire.

Ce « mélange des genres », de missions très théoriques mais également opérationnelles, nous permet certainement de trouver un équilibre entre les différents stress, de compenser l’un par l’autre.

Cela étant, cet exercice ne se tient pas sur la longue période. La présence d’une structure hiérarchique forte, dense, nous permet « d’aller chercher » chez nos collaborateurs des informations en retour sur les décisions prises, afin de valider nos choix.

De la même manière, impulser une énergie décisionnelle forte en direction des effectifs de police, sans tomber dans la dictature, leur donne des directions claires pour exercer leurs missions.

Q3 : Quels sont, à votre sens, les grands axes à explorer sur le thème 2011 ?

ER : J’apprécie vraiment l’orientation du sujet donnée par sa formulation. Quand l’administration parle de « risques psychosociaux », utiliser la formule positive de « ressources émotionnelles » place le sujet sur la véritable dimension : la reconnaissance de l’humanité, de nos émotions et sentiments, comme un atout.

Les conséquences en termes de management seront passionnantes à dérouler pour la mission 2011.

Nous œuvrons dans un monde très matriciel, de compte-rendu, d’indicateurs, d’informatique, de ratios… Le retour à l’humain, accepter ce flou, cette incertitude, la part de doute liée à l’émotion, replace la qualité humaine dans le processus de réflexion, de décision et de mise en œuvre.

L’émotion, c’est l’individu, et l’individu c’est l’unicité, l’irremplaçable.

Merci, Emmanuel !

Interview recueillie par Sylvie Lainé, déléguée générale FNEP

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