Le 14 juin 2012, à l’initiative de François Gerin, directeur général adjoint de Siemens SAS et président des Amis de la FNEP, une rencontre exceptionnelle s’est déroulée dans les locaux de l’Autorité de Sureté Nucléaire entre son président, André Claude Lacoste et les membres de la mission 2012 accompagnés d’Amis de la FNEP.
Outre ceux-ci, ont participé à cette 2ème édition des Heures Heureuses des Amis de la FNEP, Jean Jacques Dumont, commissaire de l’ASN, le Préfet Michel SAPPIN, mentor de la mission 2012, Hubert du Mesnil, président de la FNEP, Sylvie Lainé, déléguée générale et Nicole Lefour, responsable communication de la fondation.
L’ambiance de cette réunion, faite de confiance et de transparence, la hauteur de vues et la profondeur des propos du président Lacoste, ont laissé à tous les participants un profond sentiment de richesse et de compréhension des enjeux.
Ainsi, l’une des participantes écrit-elle : « À titre personnel, j’ai été particulièrement touchée par plusieurs des messages du président de l’ASN que j’ai trouvés particulièrement actuels et susceptibles de trouver un écho au-delà de la question du nucléaire : sa vision européenne de la radioprotection, son approche « bottom-up » au sein de clubs informels permettant l’émergence de nouvelles idées et de solutions ainsi que son constat de la nécessaire adhésion de ses équipes à leur mission comme facteur de (solidité) sur le long terme. Merci pour cette rencontre ! »
Nourris par les questions des membres de la mission 2012, les échanges ont été, de fait, très denses.
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L’Autorité de Sûreté Nucléaire est une autorité indépendante (créée en 2006) qui assure, au nom de l’Etat, le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France pour protéger les travailleurs, les patients, le public et l’environnement des risques liés à l’utilisation du nucléaire.
L’ASN informe le public et les paries prenantes de son activité, notamment à travers sa revue Contrôle et son site internet (www.ans.fr). Par son rapport annuel, elle rend compte au Parlement de son activité, de ses missions, et de l’état de la sureté nucléaire et de la radioprotection en France.
L’ASN exerce ses missions dans le respect de 4 valeurs fondamentales : la compétence, l’indépendance, la rigueur et la transparence. Son ambition est d’assurer un contrôle du nucléaire performant, impartial, légitime et crédible, reconnu par les citoyens et qui constitue une référence internationale.
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Gestion de crise : s’entraîner pour maîtriser
La France n’a pas l’expérience d’une gestion de crise majeure technique sur le territoire national. Elle n’a pas connu de situation d’urgence dont la gravité ait entrainé la nécessité d’évacuer des populations.
La gestion de crise en France, se limite donc aujourd’hui, à des exercices.
Même s’ils ne peuvent évidemment pas correspondre totalement à la crise qui peut se produire, les exercices sont le seul moyen de progresser. L’entraînement aux situations de crise est fondamental. L’environnement humain et matériel l’est tout autant, les exercices démontrent la nécessité de disposer de centres de crise et de systèmes de communication adaptés. L’ASN s’attache à rendre les exercices les plus proches possibles de la réalité.
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Historique
Trois accidents marquants de notre époque
Extrait d’une note de Pauline Leman, mission 2012
28 mars 1979, Three Mile Island : Un simple incident d’exploitation entraîne une catastrophe, (…) à la suite de laquelle la France organise, au début des années 1980, la mise en place de plans d’urgence (…).
26 avril 1984, Tchernobyl : Une explosion accidentelle lors d’un essai technique en Ukraine conduit à une catastrophe qui a grandement marqué les populations locales mais aussi plus largement, européennes.
D’un point de vue technique, cette catastrophe a permis de moderniser les centres de crise et d’améliorer la sûreté des centrales d’Europe de l’Est grâce, notamment, à l’aide internationale.
D’un point de vue plus général, cet accident met en exergue le besoin d’augmenter la transparence et d’informer les pays concernés par une catastrophe nucléaire. (Il pose la question de la gestion de territoires contaminés à très grande échelle et, partant, de l’importance de l’impact économique et social pour les populations. (…).
11 mars 2011, Fukushima ou comment un événement naturel extrême peut conduire à l’accident de fusion à cœur.
La dévastation totale du site et des infrastructures environnantes retarde et rend (terriblement complexes) les opérations de gestion de l’accident. Le souvenir du manque d’information lors de l’explosion de Tchernobyl d’une part et (la technologie contemporaine) donnant à tous des moyens de communication, les autorités s’attachent à mettre à la disposition des populations les informations dont elles disposent.
Cette catastrophe est suivie par la demande du Conseil européen de mener des « tests de résistance » et par la demande du Premier Ministre François Fillon de mener des audits indépendants sur les centrales françaises visant à analyser notamment les risques d’inondation, les risques sismiques, la perte d’alimentation électrique, la perte de moyens de refroidissement et la gestion de crise.
Suite à son audit, l’ASN ne préconise pas de fermeture d’installations nucléaires mais a émis des prescriptions dont : la mise en place d’un « noyau dur » de dispositions matérielles et organisationnelles (…), et celle d’une « force d’action rapide nucléaire » (dispositif national d’urgence).
Trois incidents plus récents en France : une fuite d’uranium sur le site du Tricastin (2008), une contamination par Tritium à Saint Maur (2010) et l’explosion d’un four à CENTRACO (2011).
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Fukushima : « L’improbable n’est pas impossible »
Fukushima est un accident majeur, bien que les rejets radioactifs soient cinq à dix fois inférieurs à l’accident de Tchernobyl (il n’y a, pas exemple, pas eu de fusion à cœur à Fukushima) : « Il y aura un avant et un après Fukushima, de même qu’il y a eu un avant et un après Tchernobyl »
« Cet accident confirme que :
- malgré les précautions prises, un accident peut ne pas être évité ; il serait illusoire de penser que la France peut être absolument garantie
- il faudra près de 10 ans pour réellement connaître l’ensemble de données et conséquences de Fukushima et pouvoir en tirer tous les enseignements pour la gestion des crises futures. »
Après l’accident, à la demande de François Fillon, Premier Ministre et du Conseil européen, un cahier des charges au niveau européen a été défini par le club des autorités européennes de sûreté nucléaire (WENRA) pour les tests de résistance et il a notamment été demandé aux exploitants :
- d’examiner comment chaque installation résisterait à un accident majeur aggravé (ex. rupture d’un barrage en amont d’inondations par un fleuve)
- de s’interroger sur les conséquences d’une perte simultanée d’alimentation en eau et en électricité, les deux facteurs indispensables pour le fonctionnement des installations
- d’approfondir la question de leur gestion en cas de crise.
Les rapports des exploitants ont été rendus publics ainsi que l’avis de l’ASN. Du côté français, il a été décidé qu’il n’y avait pas matière à fermer des installations étant entendu qu’il convenait, par précaution, d’augmenter encore la sûreté des exploitations.
Ont alors été annoncées des décisions portant sur :
- une protection renforcée des centres de conduite des installations pour mieux résister aux accidents (notamment par leur « bunkérisation »)
- la création d’une « Force d’Action Rapide Nucléaire » (des personnels entraînés disposant des équipements et matériels nécessaires et disponibles en permanence pour une intervention sur site rapide – moins de 24 heures – en cas de crise).
L’ASN et l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire, représenté dans la mission 2012 par Jérôme Joly) se préparent aux situations d’urgence.
Le président Lacoste a insisté sur l’importance des facteurs humains et organisationnels, en France comme au niveau européen, où il prône une « gestion européenne de crise ».
En Europe, un bilan commun (« peer review ») des tests de résistance remis par les différents pays a été effectué (17 rapports ont été soumis, y compris la Suisse et l’Ukraine).
Mais les véritables enjeux se situent-ils en Europe ou bien au-delà, par exemple en Extrême-Orient ? À titre d’exemple, la Chine augmente chaque année sa capacité de production électrique de l’équivalent de la capacité totale en France.
À la question : Que pensez-vous du degré de collaboration entre les acteurs publics et les acteurs privés ? la réponse est immédiate : « L’estime et la confiance entre les différents acteurs garantissent un bon dialogue ».
Il doit y avoir un bon degré de confiance dans les relations entre l’ASN et les exploitants d’installations nucléaires : cette confiance est un élément essentiel de la bonne collaboration sans laquelle aucune gestion de crise n’est possible. Le responsable de la sûreté, c’est l’exploitant : c’est à l’exploitant de prendre les décisions en matière de sûreté, l’ASN étant là pour contrôler. C’est une règle de base de l’Agence internationale de l’énergie atomique¹ (AIEA) inscrite dans la loi française.
De même, l’ASN s’attache à obtenir la confiance du public à son égard.
Cette confiance se crée en vivant et pratiquant au quotidien les valeurs de l’ASN : rigueur, compétence, transparence.
Le Préfet Sappin souligne sur ce point l’évolution des dix dernières années en matière d’augmentation de la confiance du public vis-à-vis de l’autorité de sûreté nucléaire.
Il n’est aucune crainte à avoir, précise-t-il, sur l’engagement des pompiers et autres personnels habitués au traitement des crises. En revanche, qu’en est-il pour des responsables moins fréquemment exposés ou n’ayant pas participé à des exercices ? Reste également posée la question de la pertinence d’une gestion de crise nucléaire par le Préfet du département directement impliqué alors qu’une telle crise, par nature, est susceptible de toucher plusieurs départements voire plusieurs pays.
Sur la question des coûts et des conséquences financières – incluant les indemnisations des victimes et personnes déplacées – les montants en jeu sont considérables et les problématiques complexes. S’agissant par exemple de Fukushima, les évaluations s’échelonnent entre 500 et 1200 milliards d’Euros. Quant à la question du déplacement de population, comment répondre humainement à ceux, notamment les personnes âgées, qui ne veulent à aucun prix, quitter leur maison et le village où ils ont vécu toute leur vie ?
S’agissant de la gestion des crises de longue durée et des moyens qui leur sont affectés face aux risques d’épuisement des personnels compétents, les problématiques organisationnelles doivent impérativement prendre en compte la nécessité de ménager ces ressources actuellement rares et la montée en puissance de leur relève.
Il convient en outre d’améliorer encore la concertation au niveau international notamment en promouvant les échanges entre autorités de sûreté et de radioprotection afin de préparer l’adoption de décisions à portée internationale visant à faciliter la gestion d’une crise éventuelle.
Sur le plan de la coopération européenne et internationale, les autorités de sûreté et de radioprotection privilégient actuellement les clubs informels (telle, notamment, l’Association des responsables des Autorités de sûreté des pays d’Europe de l’Ouest, ou WENRA : Western European Nuclear Regulators’ Association) permettant des échanges en vue d’une harmonisation de leurs positions sur la sûreté suivis de la présentation de rapports aux institutions européennes qui peuvent les adopter.
Comment gérer des crises longues ?
L’expérience de Fukushima entraîne une réflexion sur les capacités de gestion des crises de longue durée ainsi que les degrés d’acceptation de leurs conséquences au sein de la population. Les actions en cours visent à la diminution de la fréquence des accidents et à la prévention de leurs conséquences (tout au moins la diminution de leur gravité).
Enfin, à la question : Comment vos équipes tiennent-elles le coup dans la durée ?² , le président Lacoste insiste sur l’importance de l’entraînement de tous, et sur la conviction partagée par tous de l’utilité de la mission de l’ASN. L’esprit collectif et l’adhésion de chacun à l’utilité de la fonction permettent de préserver la forte motivation des équipes. La démonstration de la valeur de ce que l’ASN dit et fait depuis plusieurs années renforce la cohésion au service de la mission. « Nous disons ce que nous faisons et nous faisons ce que nous disons ».
[1] Organisation internationale autonome, sous l’égide de l’ONU
[2] Pendant la crise de Fukushima, par exemple, les équipes se sont relayées 24h/24 – 7j/7 pendant plusieurs semaines.
Contribution de Pauline Leman et Dara Sin, mission 2012, pour le compte-rendu de réunion, synthèse de Sylvie Lainé, FNEP, photos : Sarinah Asselas, mission 2012 et Jean-Marc Alexandre, Passages Pro, Ami de la FNEP
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