Inde : deux regards

Pour saluer cet été indien, qui nous offre nos derniers soleils, nous avons choisi de vous proposer un entretien croisé entre Renu Sharma, haute fonctionnaire indienne lauréate de la FNEP (1999) et Dahlia Ridard, d’Air France, membre de la mission 2011, d’ascendance indienne par l’un de ses grands-parents : deux voix, deux sourires, deux langues, deux histoires et deux visions…

Q : L’Inde est l’un des pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, South Africa), la 4ème puissance économique mondiale, le 2ème pays le plus peuplé du monde après la Chine… Comment vit-on aujourd’hui dans la plus grande démocratie du monde ?

India is part of the BRICS (Brazil, Russia, India, China, South Africa), the 4th world economic power, the 2nd most populated country in the world after China… How is it to live in the today’s biggest world democracy?

Renu : Vivre dans la plus grande démocratie du monde qui est également le deuxième pays le plus peuplé, c’est comme vivre dans un mini continent rassemblant diverses cultures, traditions et langues. Les fondations libérales démocrates du pays couplées avec sa montée en puissance économique depuis les années 1990 présentent un mode alternatif du développement par rapport au modèle occidental. Faisant aujourd’hui partie des BRICS, l’Inde est un des cinq pays qui montrera la voie vers un monde qui ne sera plus basé sur des recettes traditionnelles de la croissance et la domination des pays développés. Alors que le pays fait de grandes avancées avec les progrès importants dans les domaines de la télécommunication, de la technologie de l’information, de la manufacture etc., il est aujourd’hui confronté à la nécessité d’équilibrer et de rendre pérenne la croissance entre ses différentes entités fédérales. Les problèmes de pauvreté, d’inégalités sociales et des infrastructures encore faiblement développées restent à traiter.

The experience of living in the biggest democracy in the world which is also the second most populous is akin to living in a mini continent breathing in diverse cultures, traditions, and languages. The liberal democratic foundations of the country coupled with its economic rise since the 1990s have shown an alternate mode of development from the west. Now as part of BRICS, India is one of the five countries which will pave the way for a shift from the traditional patterns of growth and rise of the developed world. While the country moves ahead with great advances in Telecommunications, IT, Manufacturing etc. it is confronted with issues of balancing and sustaining the growth across unequal federal units. Issues of poverty, social inequalities and poor infrastructure development need to be tackled head on.

Q : Dahlia, vous êtes Française et Indienne, par votre grand-père maternel. Qu’est-ce qui vous vient de la culture indienne ? À quoi êtes-vous attachée ?

Your are French and Indian through your maternal grandfather. What has your Indian background  brought to you? What are your attachments?

Dahlia : Je crois que ce que j’ai de plus asiatique – il est rare que physiquement l’on devine mes origines indiennes ! – c’est mon penchant pour les « philosophies et disciplines orientales ». En effet, j’ai très tôt lu sur le bouddhisme, la pensée zen ou le minimalisme et j’ai été surprise de voir combien ces principes résonnaient en moi. En outre, j’ai également été attirée rapidement par des pratiques comme le yoga, le qi gong ou l’aïkido. Plus récemment, je me suis formée au massage notamment en Inde et en Thaïlande. Finalement ce qui me rattache le plus à la culture asiatique, c’est  l’approche holistique par opposition à l’individualisme qui marque les sociétés occidentales : l’importance accordée à l’osmose corps-esprit, à l’homéostasie de la communauté et à l’harmonie avec l’environnement.

I think that what I most inherited from the East  – physically my Indian origins are far from obvious! -  is my taste for oriental philosophies and disciplines. I started reading very early on about Buddhism, Zen or Minimalism and was surprised to see how those principles resonated with me. Besides, I was rapidly attracted to practices such as yoga, qi gong or aïkido. More recently, I’ve followed massage training courses, in particular in India and Thaïland. Finally, what links me most to Asian culture, is the holistic approach as opposed to the individualistic / scientific approach of the West : the emphasis on mind-body osmosis, homeostasis of the community, harmony with the environment.
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Dahlia Ridard SITE WEB FNEPDahlia RIDARD, titulaire d’un MBA spécialisation RH (ESSEC) est Chargée de développement RH & prévention des risques psychosociaux  au sein d’Air France.

Marquée par le voyage dès sa plus tendre enfance (naissance en Iraq, premiers pas au Nigéria), Dahlia a naturellement été portée à garder cette ouverture vers le monde dans son parcours professionnel. Elle participe donc pendant ses études à l’ESSEC, à un projet de chantier bénévole pour l’Inde et part en dernière année faire un échange universitaire au Mexique. Une fois le diplôme en poche, elle décide de commencer sa carrière au Gabon, où elle est l’adjointe du DRH Afrique Centrale d’AIR FRANCE. Elle revient ensuite au siège de la compagnie aérienne en tant que chargée de recrutement et mobilité des cadres, avant d’occuper son poste actuel d’accompagnement du changement et prévention des risques psychosociaux pour le personnel au sol dans les aéroports de province.

Marked by travels since her tender childhood (born in Irak, first steps in Nigeria), Dahlia has an innate taste for multiculturalism reflected in her educational and professional choices. During her studies in ESSEC, she therefore chose to participate in a charity project in India and then went on to Mexico for a university exchange. Freshly graduated, she decided to start her career in Gabon, where she was Deputy Human Resources Director of AIR FRANCE, Central Africa. She then returned to the Airline headquarters in France as a recruitment officer dealing with officer mobility, before assuming her current position handling change management and prevention of psychosocial risks for ground staff in domestic airports.
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Q : Renu, Vous avez participé à la mission FNEP 1999 L’exercice du pouvoir dans l’entreprise et l’administration. L’un des pays visités était l’Inde. Vos observations de l’époque – notamment sur votre pays – sont-elles encore pertinentes ? Qu’est-ce qui a changé ?

You were part of the FNEP 1999 mission The exercise of power in the company and in the administration. India was one of the visited countries. Your observations at the time, especially in your country, are their still timely ? What has changed ?

Renu : Beaucoup de choses ont changé dans le scénario économique du pays depuis 1999. Les réformes économiques ont porté leurs fruits comme le montrent les taux de croissance. Le pays dispose d’un secteur privé fort et résilient qui a gagné en puissance au cours de la dernière décennie. La croissance naissante dans les secteurs de la télécommunication et la technologie de l’information qu’a pu découvrir en partie la mission FNEP lors de sa visite à Bangalore en 1999 a aujourd’hui atteint des niveaux très élevés. Le système d’organisation et d’administration dans les secteurs privés et la manière dont ils mènent leurs affaires a énormément changé et ce pour le meilleur. Parallèlement ces réformes ont été lentes et sont toujours en cours en ce qui concerne le gouvernement.

The economic scenario of the country has changed since 1999. The economic reforms have borne fruit as manifested in our growth rates. The country has a strong and resilient private sector which has grown from strength to strength in these last ten years or so. The nascent growth in the IT and telecommunication sector which the FNEP mission had partly seen in their visit to Bangalore in 1999 has now attained greater heights. The system of organisation and administration in the corporate sector and the way they do business has drastically changed for the better. On the other hand in government, these reforms have been slow in coming.

Q : Dahlia, pourquoi la Mission 2011 a-t-elle choisi l’Inde comme « pays cible » ?

Why did Mission 2011 choose India as a target country?

Dahlia : La mission 2011 a choisi de se rendre en Inde comme modèle d’un pays émergent. En effet, l’Inde est l’un des 5 BRICS et la plus grande démocratie du monde. En outre, deux Prix Nobel y ont été distingués récemment (Amartya Sen en 1998 et Muhammad Yunus en 2006) pour des théories rompant avec l’orthodoxie libérale : économie du bien-être pour le premier ; Grameen Bank « Banque des pauvres » pour le second.

Nous avons aussi été interpellés par des lectures relatives au modèle indien qui, tout en ne négligeant pas les intérêts du capital se caractériserait par une vision sociale de la mission des entreprises dont le but premier serait d’aider l’Inde à se développer et à lutter contre la pauvreté.

A titre d’exemple, une entreprise d’informatique indienne (HCL Technologies) fonde son management sur le précepte « employees first, customers second » !

The 2011 mission chose to go to India as it is a model of an emerging country.  Indeed India is one of the 5 BRICS  as well as one of the largest democracies in the world. What’s more 2 Nobel Prices winners have been honoured recently  (Amartya Sen in 1998 and Muhammad Yunus in 2006) for their theories that break with liberal orthodoxy : the Welfare Economy for the former; Grameen Bank, “Banks for the poor” for the latter).
In addition we were also struck by what we have read about the Indian model which, while not neglecting the interests of shareholders, appears to be characterised by a social vision of the company’s mission, whose primary purpose would be to help India to develop its economy and to fight against poverty. For example, an IT company called HCL Technologies bases its management on the precept
« employees first, customers second »!

Q : Quels souvenirs gardez-vous, Renu, de cette mission FNEP 1999 ? Avec le recul, que vous a-t-elle apporté ?

What are your memories related to this FNEP 1999 mission ? Looking back, how has it affected you?

Renu : J’ai appris à voir l’Inde à travers le regard de huit étrangers. Et de ce fait les choses que j’avais toujours considéré comme acquises dans ma perception ont été remises en question. L’obsession de mes collègues à chercher à comprendre les dynamiques du système des castes en Inde reste un souvenir majeur, ainsi que mes efforts pour placer la question du genre dans les questionnements. Et bien sûr la quête de la bonne et authentique cuisine indienne !

I learnt to see India through the eyes of eight foreigners. And therefore the things that had always been taken for granted in my perception of my country were called into question. My colleagues’ obsession with trying to understand the dynamics of the caste system in India is one vivid memory. I also recall my efforts to place the gender issue in all our questionnaires. And of course the search for good authentic Indian cuisine!

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Renu Sharma SITE WEB FNEPRenu Sharma, lauréate FNEP 1999, est membre de l’IAS (Indian Administrative Service). Elle est actuellement le Commissaire et le Secrétaire au General Administration Département, gouvernement du Mizoram. Elle est notamment en charge de l’organisation et de la gestion des employés du gouvernement. Elle est aussi responsable de la mise en œuvre des programmes gouvernementaux et de l’administration du district. Elle est également le Secrétaire du Commerce ainsi que du Travail et de l’Emploi pour le gouvernement du Mizoram.

Renu Sharma, laureate FNEP 1999, is a member of the Indian Administrative Service and is presently posted as Commissioner & Secretary, General Administration Department, Government of Mizoram. Her responsibilities include the organisation and management of government employees and the implementation of development programmes in the District Administration. In addition, she is Secretary Trade & Commerce and Secretary, Labour & Employment to the Government of Mizoram.
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Q : Dahlia, qu’attendez-vous de cette mission FNEP, pour vous-même et dans l’exercice de vos fonctions chez Air France ?

What do you expect to achieve from this FNEP mission, for yourself and regarding your duties at Air France?

Dahlia : J’ai une attente qui est déjà comblée : mon enrichissement humain et intellectuel ! Je suis ravie de vivre cette expérience avec 7 collègues ultra-motivés et motivants. Il y a une très belle dynamique de groupe. A tel point que ma seule frustration est de ne pouvoir assister à tous les entretiens et conférences et de ne pas pouvoir me rendre dans chacun des pays !

De surcroît, cette mission représente une très grande valeur ajoutée pour mon poste, car elle renforce ma légitimité et mes convictions sur les actions que je peux mener dans le cadre de mes fonctions d’accompagnement du changement, de prévention des Risques Psychosociaux et de développement managérial.

One of my expectations has already been fulfilled : my human and intellectual enrichment! I am delighted to share this experience with 7 comrades who are highly motivated and motivating. The group dynamics are wonderful. So much so that my only frustration is not being able to attend all the interviews, all the conferences and not being able to go to each country!

Morevover, this mission is a great added value to my position in Air France, because it strengthens my legitimacy and my beliefs in the actions I can carry out in my job with regard to change management, psychosocial risks prevention and managerial development.

Best Wishes! Merci, Renu and Dahlia !

Propos recueillis par Sylvie Lainé, déléguée générale FNEP


Outre Renu Sharma, la Fondation compte deux autres lauréats de nationalité indienne :

En 1994 : Mrs Malini V. SHANKAR

En 1992 : Mr Kirti Chandra SAHA


Rapports FNEP (les plus récents étant consultables sur notre site, page Thèmes) :

  • 1993 : Entreprise et environnement
  • 1999 : L’exercice du pouvoir dans l’entreprise et l’administration
  • 2003 : Développement social et compétitivité

Fragments d’Inde, Souvenirs en forme d’abécédaire…

A comme Ayurveda : Le mot, sanscrit, signifie « science de la vie ». Cette médecine fortement teintée de philosophie védique est née d’une révélation faite au Dieu Brahma, lorsqu’il s’éveilla pour recréer l’univers. En gros, il s’agit d’équilibrer les quatre piliers d’une vie : dharma, le devoir, artha, le bien-être et la prospérité, kama, la sensualité, et moksha, l’épanouissement spirituel. Pour y parvenir, un seul chemin : la santé, elle-même équilibre entre nos trois états,  physique, émotionnel, mental. Or, la santé n’est pas à la portée de tout le monde. On la perd parfois, sur la route, et privée d’elle, que peut-on faire ?

B comme Bharat : Un des noms de l’Inde. D’où celui de Bharata Natyam pour la danse indienne.

C comme Calcutta : Une ville aimée et détestée, une ville souvenir.

D comme Démocratie : L’Inde est la plus grande démocratie du monde : 3 291 000 km2, qui dit mieux ? Une démocratie dont le taux de croissance se situe à 9% l’an, qui compte  28 états, 7 territoires fédéraux, et 18 langues officielles – dont les deux principales sont l’hindi et l’anglais – étant entendu que la langue véhiculaire, c’est l’hinglish, mélange des deux citées.

E comme Elephanta : Une fois atteinte l’île d’Elephanta, au large de Bombay, on grimpe une pente plutôt douce, bordée de marchands de babioles colorées et luisantes.  Et l’on arrive à la « cité des grottes », le sanctuaire de Shiva, construit il y très longtemps. L’architecture de ce temple rupestre creusé dans une falaise de basalte est impressionnante : piliers et hauts-reliefs énormes, statues colossales de Shiva aux trois visages, le créateur, le destructeur, le protecteur qui préserve. Au fait, pourquoi Elephanta ? L’île doit son nom aux Portugais qui trouvèrent la statue d’un éléphant près de l’endroit où ils débarquèrent.

F comme Fleuve : Le Gange, bien sûr.

G comme Ganesh : Le Dieu éléphant de l’intelligence. Est-ce grâce à lui que l’Inde « produit »  environ 350 000 ingénieurs par an ?

G comme Gandhi, assassiné le 30 janvier 1948 par un fanatique hindou. Il avait bien raison, le Mahatma, lorsqu’il enseignait que si l’on veut changer le monde, il faut commencer par soi-même…

H comme Hindutva : Il s’agit de l’ « Hindouité », concept qui identifie la nation indienne à son seul héritage hindou. L’Hindouisme, qui perdure depuis près de 3500 ans, plus qu’une religion, est un univers. Riche et coloré. Qui ne célèbre aucun fondateur, et ne reconnaît aucune autorité centrale… mais des centaines de divinités, une mosaïque de cultes divers, de croyances populaires, de traditions locales, un système de castes aboli mais bien vivant, et, chaque jour, une fête ici ou là… Si 900 millions d’Indiens sont Hindouistes, rappelons que 136 millions sont Musulmans, et quelques millions d’autres, Chrétiens (24 millions de catholiques, protestants et orthodoxes), Sikhs (22 millions), qui marient l’Islam et l’Hindouisme, Bouddhistes (moins de 9 millions), voire Jaïnistes ou Parsi.  Le Jaïnisme est – sans doute – la religion la moins violente de la terre : ses prêtres portent des masques visant à éviter à de minuscules et malheureux insectes de périr dans leur bouche.

I comme Inde : « L’Inde, c’est une anarchie qui fonctionne. », écrivait John Kenneth Galbraith, bien connu comme  économiste et beaucoup moins comme ambassadeur des USA en Inde.

J comme Jeunes : Près de 60% de la population (plus d’un milliard d’habitants, quand même) a moins de 30 ans. L’espérance de vie moyenne (en 2005) atteignait à peine plus de 63 ans… Statistiquement, on compte donc davantage de jeunes riches en Inde que chez nous en Europe.  Et AUSSI davantage de jeunes pauvres. Et des adultes pauvres, des vieux pauvres, et des enfants pauvres.  Ils sont 300 millions à vivre avec moins d’un dollar par jour.

K comme Kshatriya : L’une des – innombrables – castes, celle des guerriers. Les quatre grandes catégories – les varna ou castes -  sont, outre les Kshatriyas, les Brahmanes (= dieu sur terre), les prêtres, au sommet de cette échelle d’origine religieuse, les Vaishya, les commerçants, les Shudra, les serviteurs. Hors du système, on trouve les Dalits (= opprimés, autrefois intouchables). Les Dalits ont leur parti, le Bahujan Samaj Party (Parti des Défavorisés), fondé en 1984, qui dispose au Parlement d’à peine 20 députés sur 552. Pour en savoir plus, le mieux est de se plonger dans l’ouvrage de Christophe Jaffrelot, « La démocratie par la caste » (Fayard).

L comme Lentilles : Quand elles sont jaunes, et cuisinées dans une sorte de ragoût d’une douceur épicée, elles s’appellent dhal, et sont délicieuses. Avec cela, on boit un verre de lassi – un yaourt sucré ou salé, épicé ou nature –, on mange un nan, un chapati, un roti, bref un pain, délicieux également.

M comme Merci : L’Inde est toujours, d’une façon ou d’une autre, une « échappée belle »… Merci !

N comme Nehru, Jawaharlal Nehru, Premier Ministre de 1947 à 1964. Chacun connaît son rôle dans la construction de l’Inde contemporaine… Chacun sait qu’Indira – Premier Ministre assassinée en 1984 – est sa fille… Et qu’il est le grand-père de Rajit, fils d’Indira, Premier Ministre lui-même, et comme elle, assassiné en 1991… Et chacun oublie sa tendre amitié pour Lady Edwina Mountbatten, épouse de Lord Mountbatten, l’ultime Vice Roi de l’Inde…

O comme Oman : Bombay fait face à la mer d’Oman. À l’origine, la ville était d’ailleurs constituée de 7 îles, conquises par les Portugais en 1534. Ils s’empressent de nommer la zone Bom Bahia, c’est-à-dire la bonne baie. D’où… Bombay. Longtemps après l’arrivée des Anglais – en 1661 -, les îles fusionnent – en 1817 -. En 1853, la première liaison ferroviaire de l’Inde relie la ville à d’autres villes. L’ouverture du canal de Suez – en 1869 -  en fait l’un des plus importants ports de l’Asie. Il faudra attendre 1995 pour qu’elle retrouve son nom antique : Mumbai, de Mumba, la déesse, et Aai, la mère en marathi, la langue du lieu.

Inde - article sur le site FNEP

P comme Pratibha Patil : LA Présidente de l’Inde depuis le 21 juillet 2007. C’est également une femme, Sheila Dishit, qui préside l’Etat de Delhi, 100 millions d’habitants. Et une femme – Indu Jain – qui est propriétaire du Times of India. Et une femme encore, Sonia la Turinoise, veuve de Rajiv Gandhi, qui présida le Parti du Congrès de 1997 à 2004. Les femmes votent depuis 1950 et comptent légèrement moins de 10% des sièges au Parlement. Malgré cette percée, on n’en dénombre pas moins 36 millions de femmes « manquantes »[1], grâce à l’amniocentèse, qui permet de pratiquer la « sélection prénatale » !

Q comme Quo vadis ? Un zeste de latinité dans cet univers asiatique… Quo vadis ? Mais en Inde, bien sûr.

R comme Roupies : oui, c’est facile…

S comme Services : C’est à sa spécialisation dans les services à haute valeur ajoutée que l’Inde doit sa croissance soutenue. Premier exportateur mondial de services informatiques, le secteur attire nombre des presque 3 millions de diplômés issus chaque année de ses universités. Il n’empêche : seuls 50 millions d’Indiens sont éduqués et anglophones (oui, c’est la même chose). Et 350 millions sont analphabètes. Si vous voulez en savoir davantage, consultez : http://inde.aujourdhuilemonde.com/mission-economique. Vous pouvez lire aussi : « Le défi indien » de Pavan K.Varma (Actes Sud, 2005), ou « L’idée de l’Inde » de Sunil Khilnani (Fayard 2005). Quant aux nostalgiques de l’Inde éternelle, qu’ils se rabattent sur « La maison et le monde » du Prix Nobel de littérature 1913, Rabindranath Thâktur, dit Tagore (1861-1941).

T comme Taj Mahal : Non, pas la merveille du monde, à Agra. Ce serait trop simple. MAIS l’hôtel mythique de Bombay … Centenaire en 2003, il doit l’existence à Jamsetji Nusserwanji Tata, fondateur du groupe industriel du même nom. Jamsetji Tata, parce qu’IndienInde - photo sur le site FNEP, n’était pas accepté dans les clubs et palaces réservés aux Britanniques. Quelle meilleure réaction que de SE faire construire SON hôtel, l’un des plus prestigieux au monde ? Le Taj fait face à la Porte de l’Inde, arche monumentale érigée entre 1915 et 1924 sur le front de mer, pour commémorer la visite du roi George V et de la reine Marie en 1911. Respirer une journée dans la capitale de l’Etat de Maharashtra, capitale financière du pays, revient à fumer 2 paquets de cigarettes.


U comme Unesco : À Goa, c’est toute une ville qui est inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité établi par l’Unesco. Une ville fantôme, Old Goa, « la Lisbonne de l’Orient ». Ou, plutôt, l’ensemble des églises et couvents – édifiés entre 1510 et 1759 – de cette ville, ancienne capitale des Indes portugaises, déplacée à Panaji en 1759. L’église du Bom Jesus y accueille le tombeau de St François-Xavier. Son sarcophage, tout en filigrane d’argent, renferme sa momie. Le mausolée, en marbre d’Italie, fut offert par Cosme III de Médicis, Grand-Duc de Toscane.

Photo Inde - article sur le site FNEPV comme Victoria : Pour Victoria Terminus of course, Chhatrapati Shivaji Terminus, LA gare la plus kitsch qui soit. Baptisée Victoria le jour de son jubilé, en 1887, dessinée par un Monsieur Stevens, elle illustre le plus pur style gothique italien. Or, pour trouver du gothique italien, il faut vraiment voyager… Jusqu’à Bombay, justement, où cette merveille architecturale (?) est, depuis 2004, protégée (bien mal au demeurant) au titre de bâtiment inclus dans la liste Unesco’s World Heritage. Décidément, l’Unesco se mêle de tout.


W comme Wales : Pour Prince of Wales, bien sûr, dont le musée éponyme à Bombay est une merveille de mélange architectural, Inde - photo dans l'article sur le site FNEPde fouillis harmonieux, de luxuriance contrôlée. Il fut érigé au début du 20ème siècle, pour commémorer la visite du Prince de Galles. Les collections qu’il préserve sont (presque) aussi riches que les curiosités de ses façades.

X comme Xavier : François-Xavier (1506-1552), Saint et Jésuite, débarqua à Goa le 6 mai 1542, pour convertir les Intouchables et les Aborigènes. Après des voyages aux Moluques et au Japon, il mourut en Chine. Son corps fut ramené à Goa, où il bénéficie d’une grande popularité. Est-ce parce qu’il y fit instaurer l’Inquisition en 1560 ? On espère que non.

Goa, encore aujourd’hui, offre une image étonnante de religiosité mélangée. Ce petit territoire (le plus petit de l’Union Indienne avec ses 3 700 km2) est couvert d’églises, toutes blanches. Les routes sont jalonnées de calvaires, couverts de guirlandes de fleurs, voisinant avec des temples hindous aux couleurs vives qui ressemblent tant à des gâteaux à la crème.

Y comme Yoga : En Inde, on peut regarder une émission entièrement dédiée au yoga, qui ravit des millions de téléspectateurs, avec exercices de respiration et tout et tout. On trouve des gourous yogis qui peuvent tout guérir, surtout si on y croit.

Z comme Zidane : En 2007 Harbhajan Singh, LE champion indien de cricket, LE sport national, traite l’un des joueurs australiens  de « singe » durant un match de cricket joué à Sidney contre l’équipe australienne. Il est immédiatement sanctionné par la Fédération de Cricket, qui l’interdit de terrain pendant trois matchs. Or, cette sanction a déclenché une sorte de guerre indo-australienne, où les passions se sont déchaînées. Heureusement, une sympathique mise au point a été publiée par l’Association des Indiens de Sidney : « Le mot singe ne peut être perçu comme une insulte raciste. Le Dieu Singe est l’un des dieux les plus révérés de la mythologie hindoue ! Traiter quelqu’un de singe est donc plutôt aimable. ».

Contribution et photos de Sylvie Lainé, déléguée générale de la FNEP



[1] Recensement de 2001.