La politique de diversité de l’ENA

L’ENA se transforme par le biais d’une plus grande sensibilité à ce qu’est la diversité de la société française. L’association de  directives politiques fortes et de personnes volontaires avec des idées et de l’énergie  pour  mettre réellement cette politique en œuvre, permet de faire avancer la question de la diversité dans la fonction publique.

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Entretien avec Françoise Camet, directrice de la formation, École Nationale d’Administration

Q : L’ENA est une institution qui forme des cadres pour la haute fonction publique. Pouvez-vous nous décrire la mise en œuvre d’une politique de la diversité à l’ENA ? Quelle est l’origine de cette politique ?

FC : Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a prononcé un discours à Palaiseau en décembre 2008 où il a incité à «  donner plus à ceux qui viennent de plus loin ». Nous avons essayé de traduire cela dans les faits.

Q : À quels niveaux avez-vous agi ?

FC : Nous avons voulu innover en regardant les procédures de sélection et d’accompagnement pendant et après la scolarité. Nous avons ensuite décidé de mettre en place une classe préparatoire au concours externe de l’ENA. La première promotion a débuté cette préparation le 5 octobre 2009.

L’encadrement de cette classe préparatoire est composé d’intervenants investis qui ne  reçoivent qu’une faible rémunération pour cet accompagnement particulier. Ils montrent cependant un dévouement extraordinaire consacrant du temps et de l’énergie pour la réussite de ces jeunes étudiants. Parallèlement les jeunes sont accompagnés individuellement par des tuteurs en scolarité à l’ENA ou récemment sortis de l’école. L’objectif est de mettre les étudiants de la classe préparatoire plus à l’aise avec les exigences du concours  grâce à l’accompagnement psychologique et  pédagogique par une personne qui vient de  suivre  le même parcours.

L’organisation hebdomadaire de la formation est de 22 heures  pour les matières du concours. Tous les vendredis sont consacrés à une immersion dans une administration ou dans une institution culturelle sous forme interactive, ce qui permet des contacts privilégiés et nourris. L’implication de ces étudiants dans la préparation  s’organise   donc  à  plusieurs niveaux. La pédagogie se déroule sur plus d’une année avec la période de concours incluse.

Q : Comment avez-vous sélectionné les étudiants pour cette classe préparatoire ?

FC : Nous avons posé trois critères. Pour être candidat : il faut être boursier, il faut avoir un niveau d’études de M2 (bac +5) et il faut justifier sa motivation. Pour la première année 2009/2010 nous avons reçu 150 dossiers qui ont été examinés par un jury de sélection. Le jury est composé de quatre personnes, deux hommes et deux femmes dont  trois  anciens élèves de l’école et un universitaire. Le jury a fait passer 30 entretiens pour les 15 places de la promotion.

Ces 15 élèves sont tous issus de milieux sociaux  modestes et 11 sont des représentants de la diversité par leurs origines géographiques. Parmi ces 11, sept sont  d’origine Maghrébine ou d’Afrique sub-saharienne. La nationalité française ou d’un pays de l’Union européenne est néanmoins un critère pour passer le concours. Tous les élèves de la promotion sont issus de milieux qui ne connaissent pas  la fonction publique. La limite d’âge pour se présenter au concours ayant été supprimée, l’âge n’est plus un critère.  La moyenne d’âge de la promotion est de 23 ans. Une fois sélectionnés les étudiants bénéficient d’une allocation diversité et de leur bourse universitaire, ou, à défaut, d’une bourse supplémentaire de l’ENA. Ils sont logés dans une cité universitaire près de l’école.

Ecole Nationale d'Administration par ZVARDON

Ecole Nationale d'Administration/ photo ZVARDON

Q : Quel bilan pouvez-vous tirer de cette première expérience d’une classe préparatoire « diversité » ?

FC : D’abord les résultats au concours montrent la pertinence d’une telle expérience. A l’issue de cette première année, une seule personne a été admissible  mais non admise après les oraux. En revanche, trois personnes ont obtenu un concours de catégorie A+ (Banque de France, EN3S…). Il conviendra  de regarder les résultats sur au moins deux ans sachant que la moitié des candidats au concours externe de l’ENA l’a passé au moins deux fois. De plus, les étudiants de la CP’ENA étaient peu nombreux à avoir suivi un cursus d’IEP, et trois personnes au moins n’avaient pas de diplôme à dominante juridique et économique.

Pour valoriser l’acquisition de leurs connaissances, les étudiants ont aussi passé d’autres concours de la catégorie A de la fonction publique. En cas d’échec ils ont été inscrits (sans frais) aux préparations de l’Université Paris I et de l’IEP de Bordeaux.

La promotion 2009/2010 a été accueillie très officiellement au début de la scolarité par plusieurs membres du gouvernement, ce qui indique le soutien de celui-ci à ce projet. Dans la même lignée une réforme du concours d’entrée à l’ENA est en cours. Un groupe de travail se penche sur la question depuis septembre 2010. Ce groupe devrait rendre ses propositions en mars 2011. Il est indispensable d’adapter le système du concours à la réalité de la fonction publique et de la société française dans son ensemble. Plus de place doit être faite à la diversité.

À l’ENA nous avons réellement commencé ce travail à partir de 2008, et une transformation de l’école est en cours. Par exemple au niveau de l’administration de l’école, tous les étudiants de la formation initiale et  de la formation continue, français ou étrangers relèvent d’une seule direction, la Direction de la formation, et tous ont droit au même service. Pour renforcer notre action le directeur de l’école signe des conventions avec tous les IEP pour les aider à promouvoir la diversité.

Désormais l’école est aussi attentive à la diversité dans la politique de recrutement des agents de l’école et pour les plans de carrière de ceux-ci. Ainsi, la diversité doit être prise en compte à tous les niveaux.

Merci, Françoise Camet ! Lien vers le site web de l’ENA

La FNEP remercie l’École Nationale d’Administration de son engagement.

Propos recueillis par Thérèse Ghéziel, Premier Conseiller à l’Ambassade de Norvège, Lauréate FNEP 2007

Photo Françoise Camet © ENA